Discours fiançailles Nath-Eva
Ecrit et lu (voir photos) par Jeanne KAY
Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'Amour qui unit Eva et Natalie. Famille, amis et proches—presque tout le monde est là. Presque tout le monde—on sait l'absence, pesante, de certains.. L'absence de ceux qui sont encore emprisonnés par les carcans d'une société heteronormative. Une société heteronormative est une société ou la norme, la position neutre, la normalité sont définies par rapport à des standards oppressifs vieux de plusieurs siècles: le couple monogame, la notion de genres féminins et masculins comme des catégories fixes, immuables, et purement biologiques, et l'heterosexualite comme modèle, comme impératif. Je dis "une" société et pas "la" société heteronormative parce que, bien sur, ce n'est pas l'unique possibilité qui s'offre à nous. Bien que les medias, la culture de masse, les reliques de valeurs judéo-chrétiennes, veuillent nous faire croire en l'heteronormativite comme le seul et unique modèle de société possible, il existe des milliers de bulles de résistance dans le monde. Des quartiers, des communautés, des institutions, des foyers et des esprits ou des cultures alternatives existent. Ces cultures remettent en question perpétuellement les idées que les sociétés hétéronormatives nous présentent comme des vérités indiscutables. Et essaient de créer des espaces ou d'autres valeurs, d'autres idées peuvent exister et ou les normes sociales prédominantes sont jetées triomphalement a la poubelle.
Dans ces cultures alternatives, l'hétérosexualite n'est pas la norme. L'autre jour, j'ai entendu au journal de 20h un journaliste parler de la Gay Pride parisienne en ces termes: 700,000 personnes ont manifeste pour revendiquer leur "droit a la différence." A la "Différence"? Quand on en arrive à 700,000 manifestants, (et combien de parisiens spectateurs qui regardent depuis leurs fenêtres et leurs placards?) Présentateur derrière ton écran, c'est pas plutôt toi qui te retrouve différent dans ta triste hétérosexualite? J'étudie dans une université ou il est assume, quand on rencontre quelqu'un, qu'il est au moins bisexuel, ou "queer"—c'est la nouvelle norme. N'est ce pas bien plus logique? D'où vient l'idée selon laquelle le point neutre est de n'être attire que par un seul genre, par un seul sexe? N'est ce pas la plutôt une particularité ? Une préférence ?
Dans ces cultures alternatives, le couple monogame n'est pas la norme. Pas qu'il ne soit pas possible d'imaginer que certains puissent choisir de passer leur vie ensemble et ne ressentent pas le besoin d'avoir d'autres relations, mais ce schéma n'est pas le schéma principal: C'en est un parmi d'autre. Les notions de monogamies, de fidélité, sont reconnues comme des restes de conditionnements imposés par des autorités religieuses qui voulaient garder le contrôle de nos corps et de nos cœurs, et des sociétés masculines qui voulaient s'assurer de la domination et la servilité des femmes. Lorsque l'on déconstruit ces schémas, on se retrouve avec non pas une, mais une infinité de façons de concevoir et de construire une relation amoureuse, et l'amour devient, non pas un parcours à étapes et règles prédéfinies, à passer l'une après l'autre en cochant à chaque fois la case appropriée, mais un champ ouvert de possibilités à réinventer chaque jour. Dans ces bulles de résistance culturelle, aimer ce n'est pas posséder, ce n'est pas emprisonner c'est un respect des désirs et des besoins de l'Autre, c'est soutenir l'Autre dans le développement de sa personne, peu importe que cela passe par soi ou par d'autres expériences et d'autres personnes.
Dans ces cultures alternatives, on a compris depuis longtemps que, si le sexe d'une personne est biologiquement détermine, le genre, par contre, n'est que le résultat d'une construction sociale. La fixe dualité des genres, masculin/féminin est remplace par une palette infinie de genres possibles, un kaléidoscope des genres ou chacun est libre de s'amuser à naviguer entre les expressions de ce qui est reconnu socialement comme 'masculin' ou 'féminin.' J'habite dans un endroit ou on demande 'quel est ton choix de pronom? Il ou elle?" Quand on rencontre quelqu'un, parce qu'on n'assume pas l'identité de quelqu'un par le corps dans lequel elle ou il est ne, mais par l'identité qu'elle ou il a choisi de se construire librement.
En attendant que ces poches de résistance, de création, et d'avant-garde ne s'élargissent au point de transformer la culture dominante, il n'est pas facile de vivre dans un monde hétéronormatif. Quand on a fait l'expérience de cultures alternatives, qui nous laissent être pleinement nous-mêmes, réaliser notre potentiel et créer notre identité de façon complète, on se sent à l'étroit quand on est forces de retourner dans une société qui n'a pas encore évolué –on a l'impression de revenir au Moyen-Age, ou de se retrouver sous l'eau après avoir respire à l'air libre. Moi-même je suis très heureuse, aujourd'hui, d'être avec vous, après 4 semaines loin de chez moi, entourée de tant d'hétérosexualite ambiante, je commençais à étouffer! Mais la seule façon d'agrandir ces bulles d'air, ces zones de protection et d'avant garde, pour que la société change et que moins de gens ne se sentent prisonniers, sous-marins, c'est de ne pas rester confine dans nos cultures, même s'il y fait meilleur, mais de se confronter à la bien-pensance, aux normes, à la culture dominante, à leurs règles, a ceux qui ne viennent pas aux mariages qu'ils n'approuvent pas.
L'Union d'Eva et de Nathalie, aujourd'hui, a Caylus, dans le Tarn et Garonne—qui sait, peut être est ce la première fois que ce village aura vu ça—certainement pas la première fois qu'un amour non-hétéronormatif aura pris place ici—il a toujours existe, entre les murs—mais peut être la première fois qu'il aura éclaté avec tant de force, tant de fierté, tant de bruit! Leur union est une claque dans la figure de toute cette bien-pensance mediocre, des absents qui reprouvent de loin, et de toute l'histoire des malheurs, de honte, de répression qu'ont engendre des siècles d'une histoire dominée par l'hétéronormativite. C'est un acte politique dans tout ce qu'il y a de plus pur—de plus révolutionnaire. Alors, sur la route de la salle des fêtes, klaxonnez fort devant les portes closes, les regards fuyants derrière les rideaux, les passants bien-pensants. Pour montrer que derrière Eva et Natalie, les pionniers de la société de demain sont en marche, et que, accrochez-vous bien, ca va être la Fête.
Jeanne Kay

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